c'est une voix qui passe. j'aurais pu l'écouter par hasard. elle vient de moi. ou de sous la mémoire. elle est passée par où je suis passée. elle est revenue. c'est une voix qui passe. elle est entrecoupée, submergée. j'ai la même. nous marchons ensemble. elle fait un pas. je la suis. elle est derrière. je la suis. attentivement, avec précaution. elle reviens. elle passe. elle dit. que dit-elle. je refais le circuit avec elle. c'est une voix. elle dit, me dit, ce qu'elle voit, ce qu'elle a vu. là, comment, en haut, la couleur, les chaussures, le bitume, la marche. elle me suit à côté des voix. qui passent. s'arrêtent. je tourne. je fais le circuit. les espaces s'élargissent. sous moi elles passent. si je pense aussi c'est dans l'air. circuit. le point départ. je double mon regard, je double mes pas, je double mon corps, le dépasse. je ne me multiplie pas, je me dé-double, dé-passe. la voix à travers. troue mon réel, le met en bulle, l'aère et passe mon corps au tamis de la doublure: je renverse et cours. atteins. j'atteins la voix. le long couloir de l'espace, comme quand les détails te sautent au visage, et s'agrippent. tu baisses la tête, ils ne tombent pas, ils restent, même aux angles morts. tu suis le long couloir et part au point où la voix passe. là tout éclate. tu croyais l'angle mort il est vif et pique les yeux quand la voix passe, passe au corps ce délai et te rassois dans le fourmillement du désir

Marseille, Mai 2007

Texte écrit par Esther Salmona suite à une présentation de Bande Passante à Marseille.